Max en voyage

Vietnam, Japon, Corée... Des voyages racontés avec humour et émotion. D'anécdotes en expériences, un petit tour d'horizon et d'impressions.

23 septembre 2006

Japon flashback 02.

Les_3_petits_cochons

Je marchais dans Ozaki alourdi par mes affaires et par une nuit presque blanche passée dans l'avion. Cette petite agglomération au charme tout relatif, n'était en rien différente de toutes les autres, Hirakata, Kozenji ou Korien. Il y faisait frais et une des premières choses que je fis, fut de m'acheter une canette de café chaud dans un de ces kombini, un de ces nombreux magasins éparpillés tous les 200 mètres et ouverts 24 heures sur 24. C'était bon de se poser sur ce banc, de déguster cette lavasse aromatisée et de commencer à imaginer la suite.
Je me mis en quête de trouver la maison de Reika.
Curieusement, les noms inscrits sur la plupart des boites aux lettres de la rue, l'étaient en caractères romains, exotiques. Je les lisais un à un et c'est finalement un nom de famille écrit en kanji qui m'interpella. De mémoire, je reconnu le nom Kanno. Je me sentais un peu fébrile d'avoir fait tout ce chemin pour me retrouver là ce matin. je n'avais plus qu'à frapper à la porte. Mais l'horaire était vraiment trop matinal pour oser déranger la belle au Japon dormant. Je m'assis donc devant sa maison pour la dessiner.
Après ce tour de repérage, je décidai de revenir sur mes pas afin de laisser tourner un peu l'heure.
Dans un petit café pas très branché, plutôt tendance salon de thé pour grand mère, Je rencontrai un japonais parlant le français qui avait vécu vingt ans à Nice. Il avait fait ses études aux beaux arts lui aussi. On prit le temps de discuter un instant. Avant de partir, il paya discrètement le prix de ma commande. Je ne le su qu'au moment de quitter moi même le café.
Et maintenant, j'étais là, à nouveau devant sa porte et je frappai pour m'annoncer.
Un homme m'ouvrit et me regarda avec étonnement. Dans un japonais balbutiant, je lui expliquai du mieux que je pu que j'étais un ami de Reika Kanno et que je souhaitais la voir. Il se passa la main dans les cheveux pour s'aider à assimiler ce que je venais de bégayer, puis il m'indiqua la maison voisine. Il s'appelait bien Kanno lui aussi, j'en déduisais que ce devait être un cousin.
Je sonnai à la deuxième maison. Une vieille femme tirée de son sommeil, la coupe en pétard, semblait encore plus étonnée de me voir que le type d'à côté. Elle jetait des regards à droite et à gauche en espérant de l'aide, quand le voisin revint à la rescousse. Il m'invita à le suivre et sonna à la troisième maison concomitante.
Comme en un lent crescendo, j'avançais pas à pas, de portes en portes, toujours plus près du but. J'avais le sentiment d'avoir été catapulté dans un conte pour enfant, j'étais le loup venu la langue pendante, renifler l'odeur des trois petits cochons. S'ils avaient ouvert, je n'en aurais pas été surpris.
Ce fut une femme d'une cinquantaine d'années qui poussa la porte. Le cousin me laissa lui parler, puis elle alla réveiller sa fille. J'attendis un instant devant le perron. Reika apparu enfin. A ma vue, elle écarquilla les yeux et me pria de l'enlacer. Sans vraiment réaliser encore que j'étais bien là, elle me fit entrer chez elle et me demanda de ne pas faire attention au désordre. C'est vrai que la maison était envahie de jouets, de bouquins, de fringues et de toutes sortes d'autres trucs semés un peu partout. C'est rassurant de constater que le bordel n'est pas un monopole français. Je montrai à Reika le dessin de sa maison, qui n'était pas la sienne donc, Je bu mon troisième café de la matinée et attendit qu'elle se soit aprètée pour une balade en vélo.
Elle était encore plus jolie que lors de notre rencontre au Vietnam. J'étais sur un nuage. Un ami qui l'avait rencontré à Ho Chi Minh quelques semaines plus tôt, m'avait dit d'elle qu'il avait rarement vu une fille aussi belle avec une personnalité aussi naturelle. Reika ne se la jouait pas, ne prenait pas les gens de haut et sa sincérité était touchante. Elle était juste bien dans sa peau et je la retrouvais telle que je l'avais connu.
Nous priment la peine de faire un voeu dans un temple. D'un pays à l'autre, les voeux ne sont que rarement offerts, il faut toujours se délester d'une pièce de monnaie pour plaire aux divinités! Ah, la bonne fortune!
Elle me demanda ce que je souhaitais manger, j'avais envie d'un okonomyaki. Dans le restaurant, l'ambiance était très familiale en ce dimanche. C'était mon premier jour au japon depuis longtemps et je me sentais en terrain connu, à mon aise. Pour la deuxième fois de la journée je fus invité. Après le repas, nous revînmes chez elle et décidames de partir pour Osaka afin que j'y réserve ma chambre d'hôtel.
J'étais un peu fatigué, mais je tenais à profiter de cette journée au maximum. Mon oreille droite cependant me lançait un peu par vagues espacées.
A Shinh-Imamiya, mes premières images furent celles d'un hall d'immeuble où des dizaines de sans abris attendaient qu'un yakuza leur fasse signe pour un travail à la journée. La sortie de métro débouchait juste en face de cette vision de précarité au pays du progrès. Comme les chaussettes Kindy, au Japon, La pauvreté ne se cache plus.
Pour 1000 yens la nuit, ma chambre d'hôtel ne devait pas faire plus de quatre mètres carrés et la douche était au rez de chaussée. J'étais au 7e étage. Pour l'heure, en cette fin d'après midi, on se devait de rejoindre la soeur de Reika pour notre première leçon... de salsa! Je savais que j'y prendrais part longtemps avant. Lorsque j'étais encore au Vietnam quelques emails plus tôt, Reika m'avait annoncé son inscription à un cours de danse cubaine qui débutait ce dimanche. J'avais eu tellement envie d'être son cavalier. Quoi que... Dans mon fantasme, ce n'était pas tant de la faire valser que de lui tomber dans les bras qui m'enchantais. J'aurais aimé n'être qu'une mouche finalement. A choisir, du cavalier ou de l'étalon, évidemment...
Mais bref, la question fut tranchée dès les premières mesures. Je faisais effectivement plutôt figure de drosophile que d'équidé et ma paire d'ailes ne m'était d'aucun secours. Je ne comprenais rien à ce que disait le professeur, un minet qui devait pratiquer des heures supplémentaires en cours de langue généreusement offerts et je tentais de faire mienne la technique asiatique: copier d'abord, innover ensuite. Malheureusement j'étais coincé dans mon apprentissage à l'européenne, pataugeant dans mes erreurs avant de songer à progresser.
Après une heure de cette humiliation avec différentes partenaires, le cours prit fin. Quelques danseurs gigotaient encore harmonieusement quand mon oreille refit parler d'elle. La fatigue de la journée, plus les déhanchements ratés venaient de réveiller une douleur enfouie.
J'aurais du laisser les deux filles et rentrer me reposer, mais elles me proposèrent d'aller au karaoke. Là au moins, je me sentirais plus à mon aise. Après un an au Vietnam, le karaoke c'est comme une seconde peau. Mais la douleur ne se dissipa aucunement, au contraire. Dans le métro pendant le trajet de retour, j'eus cette pensée angoissante. Et si au moment de me retrouver dans ma chambre d'hôtel, seul, la douleur s'intensifiait?
En inclinant ma tête à l'horizontale sur l'oreiller, le lancinement redoubla. A partir de cet instant, Il me fut impossible de fermer l'oeil de toute la nuit.
Je n'étais pas dans les bras de Reika, j'étais seul dans cette chambre au septième étage et malgré la hauteur, plus proche de l'enfer que du fameux septième ciel. C'était comme une rage de dent. La douleur me descendait jusque dans la mâchoire. J'essayais de me distraire en regardant la télé jusqu'à trois heures du matin, espèrant que le sommeil me prenne, mais l'étau qui me faisait souffrir n'en finissait plus de se resserrer sur ma tempe. je grelottais dès que j'essayais de me mouvoir. Soudain, mon oreille se boucha complètement et je fus pris de peur. Les pires scénarios commencèrent à défiler dans mon esprit malmené.
A quatre heures trente, je descendis dans le hall, chancelant à moitié et j'appelai Reika, lui laissant un appel désespéré. Je m'assis dans le fauteuil de la réception et n'en bougeai plus, la tête entre les mains, égrenant les heures, les minutes jusquà jusqu'à ce qu'elle arrive, cinq heures plus tard. L'attente avait été longue, j'étais heureux de voir quelqu'un de familier.
Au Japon, les généralistes travaillent dans les hôpitaux, ils n'ont pas de cabinet particulier comme en France. J'expliquai au docteur l'explosion de douleur qui m'avait fait souffrir lors de la descente de l'avion. Reika traduisait. Après une dizaine de minutes, le docteur écrivit une ordonnance et me dit ce que j'avais: chujien. Problème de décompression? Quelques minutes plus tard j'étais à la réception, payant de ma poche les 5000 yens comprenant la visite et les médicaments. J'avalai d'emblée l'anti douleur. J'allais pouvoir commencer à me sentir mieux.
De retour à l'hôtel, je me décidai à appeler le couple que j'avais rencontré la veille, Mihoko et Yuichi. Je leur expliquai ce qui m'était arrivé, portant à leur connaissance le diagnostic du docteur et leur demandais s'ils pouvaient m'héberger, je ne souhaitais pas dormir seul à nouveau, c'était une demande exceptionnelle. Ils me prièrent de venir sans hésiter. je pourrais rester le temps que je voudrais.
Reika avait décidé de passer la journée avec moi, nous partîmes ensemble chez mes amis à Toyonaka, une petite ville à environ une demi heure de train de Shin-Imamiya.
je n'avais pas dormi de la nuit mais à présent ça n'avait plus d'importance. J'avais bravé des milliers de kilomètres pour retrouver cette fille et j'étais à côté d'elle, ça me plaisait assez. L'anti douleur faisait effet. Mon anti douleur, c'était Reika.

Posté par maxenvoyage à 09:55 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=146330&pid=2551091

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :