Max en voyage

Vietnam, Japon, Corée... Des voyages racontés avec humour et émotion. D'anécdotes en expériences, un petit tour d'horizon et d'impressions.

22 septembre 2006

Japon flashback 01

En quittant le Vietnam le 8 Avril dernier, je ne savais pas où j'allais vraiment loger en arrivant à Osaka. J'avais bien l'adresse d'un quartier où les hôtels étaient parait-il très peu onéreux, mais j'espèrais qu'il ne s'agirait là que d'une solution temporaire. Je n'avais pas d'idée précise sur la durée éventuelle de mon séjour, tout dépendrait des opportunités qui se présenteraient, des fluctuations de la météo, de la floraison des sakura, du nombre de papillons au kilomètre carré et surtout de la direction du vent. Les feuilles sur lesquelles je me posent sont tributaires des caprices du temps.
La semaine précédant mon départ, j'avais répondu à des petites annonces sur un site japonais. Des étudiants, en grande majorité, y proposaient des collocations à prix variés. Avec l'aide d'une amie japonaise, j'avais répondu à quatre d'entre elles et avais reçu deux réponses favorables. La première venait d'un garçon qui étudiait le français et qui vivait à Hirakata, là où j'avais vécu moi même sept ans auparavant et l'autre émanait d'un jeune homme de 25 ans qui souhaitait emmenagé avec quelqu'un, mais pas avant Août. Il avait précisé dans son mail : "English Ok".
Pour tout dire, je ne m'étais pas préparé plus que ça pour mon départ. Ce samedi matin, après une séance de piscine, j'étais rentré à mon hôtel, au 199 rue Bui Vien et après avoir fait le tour de la question, j'avais finalement cédé à une impulsion, j'avais suivi mon envie irraisonnée, la foudre venait de me percuter. Ce qui aurait dû nécessiter un bon mois de réflection, fut soldé en trois battements de coeurs. Electrisé, je rassemblais mes affaires, j'allais acheter un billet d'avion dans l'agence la plus proche, changer mes millions de Dongs en milliers de Yens, appeler mon ami Bono pour une course au Saigon square afin de me payer un manteau pour les grands froids et en fin d'après midi, je réunissais mes amis en catastrophe pour un dernier verre avant mon départ! A neuf heures j'embarquais, sans même avoir eu le temps de dire ouf.
Mais qu'allais-je faire au Japon? je n'en savais pas grand chose moi même, si ce n'est que j'allais y courir après une chimère, une très belle chimère.
Dans l'avion, je pris ma place à côté d'un jeune couple. Mes deux voisins Mihoko et Yuichi, de retour de leurs vacances au Vietnam, sympathisèrent très vite avec moi, de sorte que le voyage me parut très court. Pour me mettre au diapason, je fis des efforts en japonais, qu'ils ne soient pas les seuls à parler dans une langue qui n'était pas la leur. Je leur racontais ma journée qui avait défilé à la vitesse de la lumière et tentais de mettre des mots sur le flou artistique qui allait décider de la suite des événements. Surpris d'apprendre que j'étais parti bille en tête, on le serait à moins, ils se consultèrent un instant. Leur proposition spontanée de m'inviter à vivre chez eux, le temps de me créer les conditions de mon indépendance, ne pouvait pas mieux tomber.
Certains appellent ça de la chance. Moi, j'étais parti confiant, prèt à accepter les moments de galère en solitaire, sachant par expérience que les chemins qu'on choisit d'emprunter par audace ou insouciance, atypiques, incertains, délivrent toujours leur lots de bonnes surprises. Elles n'en ont que plus de valeur.
Je pris leurs coordonnées avec gratitude, mais je ne voulais pas abuser de leur bonté et les assurais que tout irait bien pour moi. Ils insistèrent pour me signifier que je serais le bienvenue en toute occasion et que je ne devais pas hésiter à les contacter si besoin était. Les rencontres ne sont jamais aussi propices que lorsqu'on voyage seul et du fait, on ne le reste jamais longtemps.
Lors de la descente, peu avant l'atterrissage, mon oreille droite se boucha et lorsque je voulu en chasser l'air, celle ci explosa douloureusement de l'intérieur. Fort heureusement, après quelques minutes, la douleur se dissipa.
Il était six heures du matin quand l'avion se posait. J'avais expliqué à mes amis que la raison qui m'avait poussé à partir, avait un sourire à tomber par terre et un grain de beauté sous l'oeil droit qui la rendait irrésistible. Le seul indice que j'avais pour retrouver sa trace était l'adresse qu'elle avait laissé dans mon carnet. Yuichi fit un rapide tour sur une borne internet et y débusqua pour moi un plan de Ozaki, m'indiquant avec précision où je devais me rendre. Je quittai Yuichi et Mihoko en les remerciant pour tout et en leur promettant de passer les voir bientôt.
Cela faisait quatre ans que je n'étais pas revenu au japon. Ce dimanche matin, je portais un manteau d'hiver en plein mois d'avril, j'avais fait un bond de plusieurs milliers de kilomètres en une nuit pour la beauté du geste et je marchais maintenant dans une ville encore endormie, déterminer à aller au bout de ma folle entreprise. J'étais seul et heureux d'avoir osé déployer toute cette énergie pour une idée, un moment de poésie, l'envie toute simple de faire une surprise. Pour le plaisir de voir un visage s'éclairer, ému par l'intensité d'un déplacement d'air chargé d'émotion.
 

Posté par maxenvoyage à 14:06 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Quelle belle histoire. Et quant est-il aujourd'hui ?
J'ai été aussi au Japon, il y a treize ans, mais pas sur un coup de tête. Les images que je garde de là-bas se prêtent bien à "un déplacement d'air chargé d'émotion". ;=))))

Posté par Lydiel, 23 juin 2007 à 11:14

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