12 septembre 2009
Yakitoriya

Oh, Un barbecue!
Et bien non, pas tout à fait.
Le cliché est prit dans un restaurant japonais, une yakitoriya où l'on mange en particulier des brochettes et des grillades, que le chef cuisine devant vous, juste sous votre nez.

Comme dans la majorité des restos au japon, c'est souvent très bon, très convivial et ça fait pousser les cheveux!
12 juillet 2009
Minoh no taki
Taki signifie chute d'eau en japonais.
A Minoh, a quelques mètres de la dernière station de train, il y a un chemin qui part vers la foret et qui serpente dans la montagne, le long d'une jolie rivière. Sous les arbres en été, la température y est beaucoup plus fraiche qu'en ville. Le lieu est couru par les touristes. On y vient en famille ou en couple pour y admirer la chute d'eau et y respirer l'air sain de la campagne.
Il y a deux ans, des travaux publics ont été effectue dans la montagne
pour y percer un tunnel et cela a crée une dérivation inattendue dans
le cours de la rivière. Les autorités ont du rapidement palier a cet incident en
installant une pompe en aval qui permet au cours d'eau de garder le même débit qu'avant. Mais dorénavant, si l'alimentation électrique
venait a être interrompue, la cascade perdrait de sa superbe dans la foulée... Mais ça, ce n'est pas écrit dans les brochures touristiques.

Minoh no taki
Le site est riche d'une faune tres variee. Quelques inities savent que dans la riviere vit une espece de salamandre geante tres rare, qui n'existe sous cette forme qu'en Asie.
Il y a quelques jours, un groupe d'enfants remontaient une partie de la riviere (ce qui est a priori interdit, dans la mesure ou le lieu est un parc naturel protege) et ils ont debusque un specimen d'environ 60 cm qui etait paisiblement cache sous les remous d'une petite cascade. Des personnes agees ont proteste depuis le pont ou nous nous trouvions et les enfants qui ne semblaient a priori pas plus respecter les petits vieux que la salamandre sont finalement ressortis de l'eau.

Kani

Sagi

Tokage

Mukade

Saru

Kumo

Nanafushi
10 juillet 2009
Obsoletes

Quand on se promène dans Minoh, une des choses qui frappe en premier, c'est l'abondance des rizières au cœur même de la ville. Dans le paysage urbain, bordant Les maisons, les immeubles et les routes, les champs que leurs propriétaires alimentent en eau a la période estivale, nous rappellent qu'avant d'être des ensembles architecturaux, les villes étaient des villages en osmose avec la nature.
Aujourd'hui, les quelques rares bourgades qui ont été épargnées par la modernité et les programmes immobiliers sont classes, protégés, et museeifies. Un certain mode de vie qu'on pourrait qualifier de logique et de naturel, ne va plus de soi aujourd'hui. On visite, on apprécie, on s'ébaubit devant la beauté de certains lieux préservés et pourtant on ne conçoit plus pouvoir y vivre. Et progressivement on oublie, on se détache de ce qui nous relie a la terre, comme si la nature était devenue obsolète.
Obsolètes comme ces créatures fossiles qui peuplent justement les rizières, ces écosystèmes fragiles qui ne subsistent encore que grâce a la relation que certaines personnes ont établi entre elles et la nature.
Devant vos yeux ébahis, voici donc ce qu'on découvre encore a Minoh, lorsqu'on prend le temps de se pencher sur les rizières inondées, de fin Mai a début Aout. Les crustacés qui ressemblent a de petits tanks amphibies sont des triops cancriformis (kabuto ebi), qui existent aussi dans quelques pays européens, aux état-unis et en Afrique sous des formes parfois légèrement différentes. En examinant bien la photo, on distingue aussi de petits alevins, qui sont en fait de petites crevettes antédiluviennes appelées branchipes (hounen ebi), que j'avais vu pour la première fois en Suède, et qui subsistent plutôt dans des eaux saines.
Je vous laisse admirer ces quelques résidus de la préhistoire, qui seront peut être un jour en exposition dans une vitrine, derniers témoins d'un passe obsolète, qu'on aurait pourtant aime garder en l'état.



Les kabuto ebi nagent parfois a l'envers.
23 juin 2009
Si, si, c'est frais!
Avouez que les paysages japonais sont extremement depaysants, non?
L'aventure est dans le frigo, je vous le dis!
Le premier qui est capable de me donner le nom de tous les ingredients presents dans cet appareil de haute technologie, gagne un slip en panthere quebecoise et un pack de biere en peluche!

21 juin 2009
Max au Japon

Mais pourquoi tu pars si loin? Ce n'est pas bien ici?
Mais je suis ici! Je suis sur la meme planete que vous que je sache! Je pianote juste de l'autre cote de la terre sur un clavier qwerty japonais (quelqu'un pourrait me dire ou sont les accents?), c'est ennuyeux mais pas dramatique et c'est deja un peu exotique, vous ne trouvez pas?
Trois mois, ce n'est pas grand chose a l'echelle de l'univers et dans une vie c'est un grain de poussiere. Pensez que quand je serai de retour parmi vous, j'aurai aussi quitte ceux qui m'ont accueilli ici, ceux avec qui j'aurai vecu des moments de partage intense ou simplement chaleureux. On part pour les uns, on revient pour les autres.
Il n'y a pas de continuite d'un voyage a un autre. On remet les pieds dans le meme pays, mais de l'eau a ruisselee sur les toits et coulee sous les ponts. On revient parce qu'on a aime, parce qu'on a eprouve, mais on ne rattrape pas ses souvenirs comme on raccrocherait des wagons, par la force ou par la seule volonte. Evidemment, ca desarconne un moment, il faut se reconstruire de nouveaux reperes sur les ruines des anciens, se reapproprier le present et vivre avec ce qui vient.
Les coupures, les soi-disant avant et apres ne sont que des vues de l'esprit. On ne peut echapper a la linearite temporelle telle que nous la concevons dans nos societes. Alors, etre ici ou la bas finalement, ce n'est jamais qu'une petite histoire de decalage spatial et horaire a regler. Ensuite tout naturellement, la vie suit son cours. Comme un poisson, je nage dans le courant, ni plus ni moins que vous. certains diront a ma facon, mais c'est une question de point de vue.
Pour les sushis; pour les parcs ancestraux en pleine ville; pour les soirees au Nico cafe avec Chie, sae et leurs amis; pour la moiteur de l'ete; pour les discussions avec Ryo autour d'un the; pour les kabuto ebi et les rencontres inopinees; pour les ballades a velo a la nuit tombee dans Minoh; pour les seances de karaoke et les nomikai; pour l'odeur des tatamis; pour tout ce que je n'ai pas encore decouvert; pour le plaisir d'etre ici et ailleurs.
Et pour le plaisir de le partager avec vous.


16 mars 2007
Pub copinage
Je vous présente les comix de Eddy Coubeau, le premier européen à travailler directement pour une maison d'édition au Vietnam. On se connait depuis quelques années et nous nous sommes retrouvés à Saigon l'année dernière. A l'époque, je bossais moi même sur un projet de comix pour une filiale de Kim Dong, mais le projet a finalement foiré. Je me rappelle qu'avec Eddy, on avait été voir les éditeurs de chez Nha xuat ban tre, pour essayer de les mettre en contact avec le magazine Spirou qui voulait faire un spécial Vietnam. Aujourd'hui Eddy publie ses premiers albums chez eux, en vietnamien! Pour ceux que ça intéresse, sachez qu'il a dû bosser à un rythme haletant, puisqu'il avait comme consigne de produire un album de 46 pages couleur, scénar compris, en un mois et demi! Pour le salaire, il a bien sûr été payé en millions! De Dongs.

Voici les deux premières couvertures. Comme on peut l'imaginer, l'histoire raconte les aventures d'un super héros vietnamien, mais je n'en sais guère plus. Allez, encore trois comme ça et c'est bon.
A noter, le fait que son nom n'apparait pas sur la couverture.
15 février 2007
Le retour!





23 septembre 2006
Japon flashback 02.

Je marchais dans Ozaki alourdi par mes affaires et par une nuit presque blanche passée dans l'avion. Cette petite agglomération au charme tout relatif, n'était en rien différente de toutes les autres, Hirakata, Kozenji ou Korien. Il y faisait frais et une des premières choses que je fis, fut de m'acheter une canette de café chaud dans un de ces kombini, un de ces nombreux magasins éparpillés tous les 200 mètres et ouverts 24 heures sur 24. C'était bon de se poser sur ce banc, de déguster cette lavasse aromatisée et de commencer à imaginer la suite.
Je me mis en quête de trouver la maison de Reika.
Curieusement, les noms inscrits sur la plupart des boites aux lettres
de la rue, l'étaient en caractères romains, exotiques. Je les lisais un à un et
c'est finalement un nom de famille écrit en kanji qui m'interpella. De
mémoire, je reconnu le nom Kanno. Je me sentais un peu fébrile d'avoir fait tout ce chemin pour me retrouver là ce matin. je n'avais plus qu'à frapper à la
porte. Mais l'horaire était vraiment trop matinal pour oser déranger la belle au Japon dormant. Je m'assis donc devant sa maison pour la dessiner.
Après ce tour de repérage, je décidai de revenir sur mes pas afin de laisser tourner un peu l'heure.
Dans un petit café pas très branché, plutôt tendance salon de thé pour grand mère, Je rencontrai un japonais parlant le français qui avait vécu vingt ans à Nice. Il avait fait ses études aux beaux arts lui aussi. On prit le temps de discuter un instant. Avant de partir, il paya discrètement le prix de ma commande. Je ne le su qu'au moment de quitter moi même le café.
Et maintenant, j'étais là, à nouveau devant sa porte et je frappai pour m'annoncer.
Un homme m'ouvrit et me regarda avec étonnement. Dans un japonais balbutiant, je lui expliquai du mieux que je pu que j'étais un ami de Reika Kanno et que je souhaitais la voir. Il se passa la main dans les cheveux pour s'aider à assimiler ce que je venais de bégayer, puis il m'indiqua la maison voisine. Il s'appelait bien Kanno lui aussi, j'en déduisais que ce devait être un cousin.
Je sonnai à la deuxième maison. Une vieille femme tirée de son sommeil, la coupe en pétard, semblait encore plus étonnée de me voir que le type d'à côté. Elle jetait des regards à droite et à gauche en espérant de l'aide, quand le voisin revint à la rescousse. Il m'invita à le suivre et sonna à la troisième maison concomitante.
Comme en un lent crescendo, j'avançais pas à pas, de portes en portes, toujours plus près du but. J'avais le sentiment d'avoir été catapulté dans un conte pour enfant, j'étais le loup venu la langue pendante, renifler l'odeur des trois petits cochons. S'ils avaient ouvert, je n'en aurais pas été surpris.
Ce fut une femme d'une cinquantaine d'années qui poussa la porte. Le cousin me laissa lui parler, puis elle alla réveiller sa fille. J'attendis un instant devant le perron. Reika apparu enfin. A ma vue, elle écarquilla les yeux et me pria de l'enlacer. Sans vraiment réaliser encore que j'étais bien là, elle me fit entrer chez elle et me demanda de ne pas faire attention au désordre. C'est vrai que la maison était envahie de jouets, de bouquins, de fringues et de toutes sortes d'autres trucs semés un peu partout. C'est rassurant de constater que le bordel n'est pas un monopole français. Je montrai à Reika le dessin de sa maison, qui n'était pas la sienne donc, Je bu mon troisième café de la matinée et attendit qu'elle se soit aprètée pour une balade en vélo.
Elle était encore plus jolie que lors de notre rencontre au Vietnam. J'étais sur un nuage. Un ami qui l'avait rencontré à Ho Chi Minh quelques semaines plus tôt, m'avait dit d'elle qu'il avait rarement vu une fille aussi belle avec une personnalité aussi naturelle. Reika ne se la jouait pas, ne prenait pas les gens de haut et sa sincérité était touchante. Elle était juste bien dans sa peau et je la retrouvais telle que je l'avais connu.
Nous priment la peine de faire un voeu dans un temple. D'un pays à l'autre, les voeux ne sont que rarement offerts, il faut toujours se délester d'une pièce de monnaie pour plaire aux divinités! Ah, la bonne fortune!
Elle me demanda ce que je souhaitais manger, j'avais envie d'un okonomyaki. Dans le restaurant, l'ambiance était très familiale en ce dimanche. C'était mon premier jour au japon depuis longtemps et je me sentais en terrain connu, à mon aise. Pour la deuxième fois de la journée je fus invité. Après le repas, nous revînmes chez elle et décidames de partir pour Osaka afin que j'y réserve ma chambre d'hôtel.
J'étais un peu fatigué, mais je tenais à profiter de cette journée au maximum. Mon oreille droite cependant me lançait un peu par vagues espacées.
A Shinh-Imamiya, mes premières images furent celles d'un hall d'immeuble où des dizaines de sans abris attendaient qu'un yakuza leur fasse signe pour un travail à la journée. La sortie de métro débouchait juste en face de cette vision de précarité au pays du progrès. Comme les chaussettes Kindy, au Japon, La pauvreté ne se cache plus.
Pour 1000 yens la nuit, ma chambre d'hôtel ne devait pas faire plus de quatre mètres carrés et la douche était au rez de chaussée. J'étais au 7e étage. Pour l'heure, en cette fin d'après midi, on se devait de rejoindre la soeur de Reika pour notre première leçon... de salsa! Je savais que j'y prendrais part longtemps avant. Lorsque j'étais encore au Vietnam quelques emails plus tôt, Reika m'avait annoncé son inscription à un cours de danse cubaine qui débutait ce dimanche. J'avais eu tellement envie d'être son cavalier. Quoi que... Dans mon fantasme, ce n'était pas tant de la faire valser que de lui tomber dans les bras qui m'enchantais. J'aurais aimé n'être qu'une mouche finalement. A choisir, du cavalier ou de l'étalon, évidemment...
Mais bref, la question fut tranchée dès les premières mesures. Je faisais effectivement plutôt figure de drosophile que d'équidé et ma paire d'ailes ne m'était d'aucun secours. Je ne comprenais rien à ce que disait le professeur, un minet qui devait pratiquer des heures supplémentaires en cours de langue généreusement offerts et je tentais de faire mienne la technique asiatique: copier d'abord, innover ensuite. Malheureusement j'étais coincé dans mon apprentissage à l'européenne, pataugeant dans mes erreurs avant de songer à progresser.
Après une heure de cette humiliation avec différentes partenaires, le cours prit fin. Quelques danseurs gigotaient encore harmonieusement quand mon oreille refit parler d'elle. La fatigue de la journée, plus les déhanchements ratés venaient de réveiller une douleur enfouie.
J'aurais du laisser les deux filles et rentrer me reposer, mais elles me proposèrent d'aller au karaoke. Là au moins, je me sentirais plus à mon aise. Après un an au Vietnam, le karaoke c'est comme une seconde peau. Mais la douleur ne se dissipa aucunement, au contraire. Dans le métro pendant le trajet de retour, j'eus cette pensée angoissante. Et si au moment de me retrouver dans ma chambre d'hôtel, seul, la douleur s'intensifiait?
En inclinant ma tête à l'horizontale sur l'oreiller, le lancinement redoubla. A partir de cet instant, Il me fut impossible de fermer l'oeil de toute la nuit.
Je n'étais pas dans les bras de Reika, j'étais seul dans cette chambre
au septième étage et malgré la hauteur, plus proche de l'enfer que du
fameux septième ciel. C'était comme une rage de dent. La douleur me descendait jusque dans la mâchoire. J'essayais de me distraire en regardant la télé jusqu'à trois heures du matin, espèrant que le sommeil me prenne, mais l'étau qui me faisait souffrir n'en finissait plus de se resserrer sur ma tempe. je grelottais dès que j'essayais de me mouvoir. Soudain, mon oreille se boucha complètement et je fus pris de peur. Les pires scénarios commencèrent à défiler dans mon esprit malmené.
A quatre heures trente, je descendis dans le hall, chancelant à moitié et j'appelai Reika, lui laissant un appel désespéré. Je m'assis dans le fauteuil de la réception et n'en bougeai plus, la tête entre les mains, égrenant les heures, les minutes jusquà jusqu'à ce qu'elle arrive, cinq heures plus tard. L'attente avait été longue, j'étais heureux de voir quelqu'un de familier.
Au Japon, les généralistes travaillent dans les hôpitaux, ils n'ont pas de cabinet particulier comme en France. J'expliquai au docteur l'explosion de douleur qui m'avait fait souffrir lors de la descente de l'avion. Reika traduisait. Après une dizaine de minutes, le docteur écrivit une ordonnance et me dit ce que j'avais: chujien. Problème de décompression? Quelques minutes plus tard j'étais à la réception, payant de ma poche les 5000 yens comprenant la visite et les médicaments. J'avalai d'emblée l'anti douleur. J'allais pouvoir commencer à me sentir mieux.
De retour à l'hôtel, je me décidai à appeler le couple que j'avais rencontré la veille, Mihoko et Yuichi. Je leur expliquai ce qui m'était arrivé, portant à leur connaissance le diagnostic du docteur et leur demandais s'ils pouvaient m'héberger, je ne souhaitais pas dormir seul à nouveau, c'était une demande exceptionnelle. Ils me prièrent de venir sans hésiter. je pourrais rester le temps que je voudrais.
Reika avait décidé de passer la journée avec moi, nous partîmes ensemble chez mes amis à Toyonaka, une petite ville à environ une demi heure de train de Shin-Imamiya.
je n'avais pas dormi de la nuit mais à présent ça n'avait plus d'importance. J'avais bravé des milliers de kilomètres pour retrouver cette fille et j'étais à côté d'elle, ça me plaisait assez. L'anti douleur faisait effet. Mon anti douleur, c'était Reika.
22 septembre 2006
Japon flashback 01

En
quittant le Vietnam le 8 Avril dernier, je ne savais pas où j'allais
vraiment loger en arrivant à Osaka. J'avais bien l'adresse d'un
quartier où les hôtels étaient parait-il très peu onéreux, mais
j'espèrais qu'il ne s'agirait là que d'une solution temporaire. Je
n'avais pas d'idée précise sur la durée éventuelle de mon séjour, tout
dépendrait des opportunités qui se présenteraient, des fluctuations de
la météo, de la floraison des sakura, du nombre de papillons au
kilomètre carré et surtout de la direction du vent. Les feuilles sur
lesquelles je me posent sont tributaires des caprices du temps.
La
semaine précédant mon départ, j'avais répondu à des petites annonces
sur un site japonais. Des étudiants, en grande majorité, y proposaient
des collocations à prix variés. Avec l'aide d'une amie japonaise,
j'avais répondu à quatre d'entre elles et avais reçu deux réponses
favorables. La première venait d'un garçon qui étudiait le français et
qui vivait à Hirakata, là où j'avais vécu moi même sept ans auparavant
et l'autre émanait d'un jeune homme de 25 ans qui souhaitait emmenagé
avec quelqu'un, mais pas avant Août. Il avait précisé dans son mail :
"English Ok".
Pour tout dire, je ne m'étais pas préparé plus que ça
pour mon départ. Ce samedi matin, après une séance de piscine, j'étais
rentré à mon hôtel, au 199 rue Bui Vien et après avoir fait le tour de
la question, j'avais finalement cédé à une impulsion, j'avais suivi mon
envie irraisonnée, la foudre venait de me percuter. Ce qui aurait dû
nécessiter un bon mois de réflection, fut soldé en trois battements de
coeurs. Electrisé, je rassemblais mes affaires, j'allais acheter un
billet d'avion dans l'agence la plus proche, changer mes millions de
Dongs en milliers de Yens, appeler mon ami Bono pour une course au
Saigon square afin de me payer un manteau pour les grands froids et en
fin d'après midi, je réunissais mes amis en catastrophe pour un dernier
verre avant mon départ! A neuf heures j'embarquais, sans même avoir eu
le temps de dire ouf.
Mais qu'allais-je faire au Japon? je n'en
savais pas grand chose moi même, si ce n'est que j'allais y courir
après une chimère, une très belle chimère.
Dans l'avion, je pris ma
place à côté d'un jeune couple. Mes deux voisins Mihoko et Yuichi, de
retour de leurs vacances au Vietnam, sympathisèrent très vite avec moi,
de sorte que le voyage me parut très court. Pour me mettre au diapason,
je fis des efforts en japonais, qu'ils ne soient pas les seuls à parler
dans une langue qui n'était pas la leur. Je leur racontais ma journée
qui avait défilé à la vitesse de la lumière et tentais de mettre des
mots sur le flou artistique qui allait décider de la suite des
événements. Surpris d'apprendre que j'étais parti bille en tête, on le
serait à moins, ils se consultèrent un instant. Leur proposition
spontanée de m'inviter à vivre chez eux, le temps de me créer les
conditions de mon indépendance, ne pouvait pas mieux tomber.
Certains
appellent ça de la chance. Moi, j'étais parti confiant, prèt à accepter
les moments de galère en solitaire, sachant par expérience que les
chemins qu'on choisit d'emprunter par audace ou insouciance, atypiques,
incertains, délivrent toujours leur lots de bonnes surprises. Elles
n'en ont que plus de valeur.
Je pris leurs coordonnées avec
gratitude, mais je ne voulais pas abuser de leur bonté et les assurais
que tout irait bien pour moi. Ils insistèrent pour me signifier que je
serais le bienvenue en toute occasion et que je ne devais pas hésiter à
les contacter si besoin était. Les rencontres ne sont jamais aussi
propices que lorsqu'on voyage seul et du fait, on ne le reste jamais
longtemps.
Lors de la descente, peu avant l'atterrissage, mon
oreille droite se boucha et lorsque je voulu en chasser l'air, celle ci
explosa douloureusement de l'intérieur. Fort heureusement, après
quelques minutes, la douleur se dissipa.
Il était six heures du
matin quand l'avion se posait. J'avais expliqué à mes amis que la
raison qui m'avait poussé à partir, avait un sourire à tomber par terre
et un grain de beauté sous l'oeil droit qui la rendait irrésistible. Le
seul indice que j'avais pour retrouver sa trace était l'adresse qu'elle
avait laissé dans mon carnet. Yuichi fit un rapide tour sur une borne
internet et y débusqua pour moi un plan de Ozaki, m'indiquant avec
précision où je devais me rendre. Je quittai Yuichi et Mihoko en les
remerciant pour tout et en leur promettant de passer les voir bientôt.
Cela
faisait quatre ans que je n'étais pas revenu au japon. Ce dimanche
matin, je portais un manteau d'hiver en plein mois d'avril, j'avais
fait un bond de plusieurs milliers de kilomètres en une nuit pour la
beauté du geste et je marchais maintenant dans une ville encore
endormie, déterminer à aller au bout de ma folle entreprise. J'étais
seul et heureux d'avoir osé déployer toute cette énergie pour une idée,
un moment de poésie, l'envie toute simple de faire une surprise. Pour
le plaisir de voir un visage s'éclairer, ému par l'intensité d'un
déplacement d'air chargé d'émotion.
21 août 2006
Ici aussi.
Il y a des endroits sur la planète qui donnent une idée du paradis... Terrestre.
A Kurama au japon, à Ko Chang en Thailande, à Sapa au Vietnam, les paysages rimaient avec émerveillement. Mais le dépaysement peut se trouver aussi au pas de sa porte, ou presque. A quelques quinze kilomètres de chez moi, il y a cette rivière qui coule dans les bois, au milieu des lichens et des mousses. L'eau s'y écoule, retenue par de petites vasques que le temps s'est chargé de façonner.
Mais je vais m'arrèter là. Même sans parole, les photos en diront plus que moi.
